Flo Jaouen et ses cadavres exquis

L’univers délirant de Flo Jaouen, entre peinture de nounours et de cadavres !

Entrevue avec l’artiste MyArtMakers Flo Jaouen qui nous présente son concept de cadavre exquis et son nounours bienveillant.


MyArtMakers : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Mon nom d’artiste est Flo Jaouen et je suis artiste peintre. Mon vrai prénom est Florence mais comme tout le monde m’appelle Flo, je tenais absolument à garder ce diminutif.
Je suis née à Paris. Je vis et travaille à Maurepas dans les Yvelines. Je donne aussi des cours d’arts plastiques à des jeunes.

MyArtMakers : Vous avez effectué des études dans le domaine artistique? Qu’est-ce qui vous a poussé dans cette voie ?

Flo Jaouen : Ce n’est pas très original si je vous dis que depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours adoré dessiner et colorier. Mon entourage disait de moi que j’étais « bonne en dessin ».
J’habitais à Paris et ma mère, qui avait elle-même un « bon coup de crayon » m’emmenait le week-end à des stages de peinture pour adultes auxquels elle participait. On allait aussi fréquemment voir des expositions de peinture. Je me souviens plus précisément de Chagal, Dufy, Klimt, Chardin. J’adorais ça !
De 9 à 15 ans, je suis allée, chaque semaine, à des cours de modelage et de dessin dans les ateliers du Musée des Arts Décoratifs.
Enfant, je voulais être détective, pour chercher et trouver des indices. Mais aux environs de 17 ans, j’avais déjà décidé que je serai peintre. Je ne savais pas, alors, que ce n’était pas un métier mais plutôt une vocation !
Mon BAC en poche, j’ai fait une année de prépa aux concours des grandes écoles d’art (Beaux-Arts, Arts Décoratifs, Arts Appliqués). Je suis rentrée aux Beaux-Arts d’où je suis ressortie 4 ans après, diplômée de peinture.
A ma sortie des Beaux-Arts, je me suis vite rendu compte qu’il était utopique de croire que je pouvais vivre de ma peinture. J’ai fait pas mal de petits boulots puis j’ai eu l’opportunité de faire une formation de Conception Assistée sur Ordinateur pendant un an, ce qui m’a permis de trouver tout de suite un travail d’infographiste que j’ai exercé quelques années. J’ai beaucoup appris de cette expérience.

Flo Jaouen - Oeuvre 1

Flo Jaouen – Oeuvre 1

MyArtMakers : Comment définiriez-vous votre démarche artistique ? Est-elle constante ou en perpétuelle évolution ?

Flo Jaouen : A ma sortie des Beaux-Arts, ma peinture était abstraite. Je m’intéressais à l’architecture urbaine : les immeubles en démolition, les chantiers, les terrains vagues, ce genre de choses.
Petit à petit, ma peinture est passée de l’abstraction à la figuration et je rentre de plus en plus dans le détail.
Pendant des années, la seule chose importante à mes yeux consistait à peindre, sans me poser de questions, peu importe quoi ou comment. Ma démarche consistait justement à ne pas en avoir ! Je m’exprimais, point barre !
Puis je me suis lassée et j’ai compris que la démarche faisait partie intégrante du travail de l’artiste et qu’on tourne vite en rond si on n’en a pas. Voir à court terme ne suffit pas, il faut pouvoir se projeter au-delà.
Je pense que ce qui différencie un peintre amateur d’un peintre professionnel, c’est précisément cela. Le plus dur, ce n’est pas de peindre, c’est quoi peindre et de quelle façon ?
J’ai ressenti le besoin de faire une introspection, de me demander ce qui me poussait à peindre, ce que je voulais exprimer, ce qui se passait en moi lorsque je peignais. D’où ma démarche actuelle qui consiste à inventer une histoire en mettant en scène un personnage.
Mon travail est en perpétuelle évolution car je me laisse la liberté d’évoluer sans me soucier de plaire ou non. Je m’ennuie de faire deux fois la même chose. Et j’ai du mal à comprendre certains artistes qui reproduisent inlassablement le même sujet.

Cadavres Exquis - Nounours bienveillant

Cadavres Exquis – Nounours bienveillant

MyArtMakers : Quels sont vos médiums et quelle place tiennent-ils dans votre travail ?

Flo Jaouen : Pour les toiles, j’utilise l’acrylique car c’est une peinture qui sèche vite, à l’inverse de l’huile. Cela me permet de ne pas avoir à attendre entre deux couches de peinture. Si je passe beaucoup de temps sur une toile, mon geste est néanmoins rapide. Tout comme je ne peux lire qu’un roman à la fois, je n’entreprends qu’une toile à la fois : je ne peux pas m’impliquer dans deux histoires en même temps. C’est une sorte de voyage.
Pour les dessins, j’adore utiliser le fusain, je trouve ça drôle, magique. J’aime aussi beaucoup le pastel à l’huile et j’ai découvert dernièrement les marqueurs acrylique qui offrent des possibilités intéressantes…

MyArtMakers : Pouvez vous nous en dire plus sur vos techniques et méthodes de travail ?

Flo Jaouen : Il y a une dizaine d’années, la toile vierge m’angoissait. Je commençais toujours par la recouvrir entièrement d’une couleur sombre. Cela donnait à mes peintures un aspect plus saturé, opaque.
Puis j’ai ressenti subitement le besoin de laisser la toile vierge, de la laisser respirer, de jouer avec le blanc du tissu. Je me suis rendu compte qu’une couleur n’a pas le même rendu, la même luminosité sur fond noir que sur fond blanc.
Je travaille au pinceau et à la brosse. Je commence toujours par placer les ombres, puis les couches successives de couleurs, entrecoupées de frottements, de grattage. J’utilise très peu de matière.

Flo Jaouen - Oeuvre 2

Flo Jaouen – Oeuvre 2

MyArtMakers : D’ou tirez vous vos inspirations ? Avez-vous un sujet de prédilection ?

Flo Jaouen : Mon inspiration part toujours d’un personnage ou d’une représentation d’un être vivant, comme une statue, un jouet, une figurine…le plus souvent tiré de photos personnelles, ou plus rarement d’internet.
J’extrais ce personnage de son environnement initial pour le plonger dans un autre. Je le fais cohabiter avec d’autres personnages pour lui faire jouer un rôle. C’est un peu le même processus que lorsque, enfant, je jouais en disant : « Alors, on dirait que… et il se passerait ça… »

MyArtMakers : Lorsque vous commencez une oeuvre, avez-vous une idée précise de l’aboutissement souhaité ?

Flo Jaouen : Lorsque je commence une toile, je sais précisément où je vais, car je la vois. Je ne fais pas partie des artistes qui ont un besoin vital de peindre pour se sentir bien.
En revanche, lorsque j’ai la vision, je suis comme investie d’une mission, je suis enthousiaste et impatiente de m’y mettre.

Flo Jaouen - Oeuvre 3

Flo Jaouen – Oeuvre 3

MyArtMakers : Avez-vous des artistes de référence ? Que pensez-vous apporter à l’Art à travers votre travail ?

Flo Jaouen : Les artistes qui ont eu un réel impact sur ma vision de l’art sont Daumier (son coup de crayon acéré, la caricature et l’humour), Kandinsky et Miro (pour l’espace, le lyrisme), Crémonini (pour la rigueur, la composition, le cadrage), Bacon (pour la folie, le côté destructuré) et Garouste (pour la truculence, l’atmosphère et le chatoiement des couleurs).
Après, je peux citer Bosch, Rembrandt, Vélasquez, Goya, Picasso… Pignon-Ernest, Villeglé, Pollock… et de nombreux artistes actuels.
Je reconnais que mon travail est particulier et inclassable. Je tente de révéler ce qu’il y a derrière les apparences, d’insuffler dans mes toiles la force et l’énergie de la vie, de révéler la beauté qui se cache aussi dans la laideur et de montrer qu’on peut rire de tout.
Les artistes sont des gens extralucides, leur rôle est de faire avancer les choses, bousculer les idées reçues.

MyArtMakers : Quelle a été votre dernière exposition ? Pourquoi avoir choisi celle-ci ?

Flo Jaouen : Ce n’est pas la dernière en date mais celle qui reste la plus importante à mes yeux est incontestablement MACparis (que j’ai fait en 2011 et 2012) : un salon qui privilégie le talent et l’originalité, avec des conditions optimales d’exposition pour les artistes, qui attire les galeries, collectionneurs et amateurs d’art. Et une ambiance du tonnerre !

Flo Jaouen - Oeuvre 3

Flo Jaouen – Oeuvre 3

MyArtMakers : Quels sont vos prochains projets artistiques?

Flo Jaouen : Dernièrement, j’ai ressenti le besoin d’élargir mes horizons, de sortir du cadre limité d’une seule toile.
D’où l’idée d’un cadavre exquis qui serait composé d’autant de toiles que d’histoires à raconter et qui pourrait se lire de deux manières : chaque toile devant se suffire à elle-même mais l’histoire devant également se poursuivre d’une toile à l’autre. Mon premier cadavre exquis fait 3 mètres de haut (3 toiles de 1 mètre les unes au-dessus des autres). Je n’exclus pas de le prolonger sur les côtés si l’inspiration me vient. Je laisse ouvert le champs des possibles.
Je procède pas à pas, dans l’attente d’une vision, d’une révélation, sans forcer. Tout en réalisant la première toile, je laisse mon esprit vagabonder tout azimuth, les pensées se décanter, me surprendre. L’idée de la toile suivante vient alors naturellement.
Actuellement, je m’attelle à un deuxième cadavre exquis…
A part ça, j’espère rencontrer une vraie galerie avec laquelle je pourrais travailler sur le long terme, dans un climat de confiance mutuelle.

MyArtMakers : Vous pouvez nous faire part d’une anecdote sur un de vos travaux/sujets ?

Flo Jaouen : Je me souviens d’un monsieur qui m’a dit être apeuré à la vue d’un gros nounours sur l’une de mes toiles. Lorsque je lui ai raconté que ce nounours était gentil et qu’il portait un regard bienveillant envers les deux autres personnages du tableau et que, qui plus est, la scène se déroulait au Japon, il a soupiré : « Ah bon ! Ça va alors ! » comme un enfant qu’on vient de rassurer après lui avoir lu un conte … Il est reparti le sourire aux lèvres.
Alors que les adultes lisent à leurs enfants des histoires souvent abominables comme « Le petit poucet » ou « le petit chaperon rouge » (reconnues bénéfiques), eux-même se choquent de pas grand chose. Ils interprètent l’oeuvre de l’artiste par rapport à leurs propres fantasmes. Ce sont leurs vieux démons qui ressurgissent.

MyArtMakers : Quel est votre point de vue sur cette citation de Stanley Kubrick : « J’ai une certaine faiblesse pour les criminels et les artistes ; ni les uns ni les autres ne prennent la vie comme elle est. »

Flo Jaouen : Je pense que tout le monde a des fantasmes, des pulsions, des rêves. La plupart des gens les refoulent, les criminels passent à l’acte, et les artistes les transcendent dans leurs œuvres.

 

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